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Les mystères de la Hi-Fi
4èrme Partie

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Cette conception à la fois technique et esthétique est maintenant concrétisée dans des produits commercialisés sous la marque Lavardin Technologies. Ceux-ci sont conçus et fabriqués dans une nouvelle société à la création de laquelle j'ai participé. Celle-ci met en uvre des méthodes de conception très nouvelles. Nous utilisons une connaissance physique poussée des phénomènes intervenant dans les circuits et les composants, puis cette connaissance est validée par une métrologie rigoureuse. En effet, prétendre comprendre et maîtriser un phénomène qu'on suppose être l'explication d'une constatation subjective sans métrologie associée, uniquement par la validation à l'écoute, c'est retomber dans l'empirisme et la fausse rationalité. Nous ne rejetons pas les recettes de cuisine qui traînent dans le milieu audiophile, mais nous ne les appliquons pas en tant que telles. En revanche, nous les analysons avec grand intérêt: toute recette dont nous ne comprendrions pas la raison rationnelle et dont nous ne saurions pas mesurer les effets et préciser le champ d'application est un défi et une source potentielle de progrès.

Nous ne concevons pas d'appareil à l'écoute, mais celle-ci est largement utilisée, d'une part pour vérifier en complément de la métrologie les théories que nous élaborons (essais de type élémentaire, dans lequel nous cherchons avec une rigueur absolue à ne faire évoluer qu'un seul paramètre ), d'autre part pour évaluer globalement nos appareils et vérifier que nos choix avec leurs conséquences sur la qualité (et sur les prix) correspondent bien à notre attente (essai de type global).

Dans tous ces essais, la métrologie est capitale car elle offre un point de repère indispensable pour ne pas se faire piéger par nos oreilles. La métrologie tant décriée par les audiophiles (non sans raisons, nous avons vu pourquoi) redevient un atout. Juger un appareil seulement à l'oreille, même si celui-ci est fait pour l'oreille est très incertain. Les résultats dépendent tellement du contexte; est-il possible de définir un avis général sans multiplier les essais? Ceci est encore plus vrai pour les meilleurs appareils pour lesquels les points de repère manquent. Une amélioration objective peut aboutir dans un contexte donné à une régression partielle. De la même manière, dans un autre domaine, l'amélioration du grain d'une pellicule photo peut révéler des aberrations chromatiques d'un objectif, qu'on ne pouvait souponner avant. Comment savoir alors sans métrologie si le défaut constaté d'une manière globale provient de la nouvelle pellicule ou de l'objectif?

Ce problème n'est pas une vue de l'esprit. Je me souviens d'essais faits lors d'une démonstration d'amplificateur. L'utilisation d'un meilleur amplificateur avait spectaculairement amélioré l'écoute sur certains disques, alors que pour d'autres ils avait fait apparaître des défauts. L'assistance (des passionnés de la prise de son) avait alors expliqué cela par l'âge des enregistrements ou par des défauts de prise de son (micro trop près de la contrebasse pour un disque, par exemple). Le remplacement du lecteur de CD utilisé (pourtant un modèle d'origine suisse réputé dans le milieu professionnel et longtemps utilisé comme référence par un critique hi-fi) par un modèle plus modeste mais dans lequel quelques modifications réduisaient des distorsions particulières dont la distorsion de mémoire, a tout changé. Les disques sans problème se sont révélés encore plus beaux et, pour les autres, les problèmes avaient disparus ou avaient complètement perdu leur caractère agressif (la contrebasse avait retrouvé une taille raisonnable). L'amplificateur avait simplement mis en avant des défauts du lecteur mal identifiés avec une électronique moins performante.

Quand je lis qu'un critique de matériel hi-fi, six mois après avoir porté aux nues un appareil, considéré depuis comme une référence, écrit dans la critique d'un autre appareil que le premier est finalement fatiguant à l'écoute, je ne peux pas m'empêcher de penser que même les meilleurs et les plus honnêtes ne sont pas à l'abri des pièges de la subjectivité.

Parmi les critères possibles pour juger un matériel notre expérience nous a conduit à ne retenir que des critères srs. Le premier critère est la quantité d'informations; on doit entendre beaucoup de détails sans effort et les notes doivent se détacher dans un espace très profond. Le second est le respect des nuances même très légères et en particulier des nuances rythmiques si importantes pour l'expression. Nous recherchons également l'absence de constantes; d'un enregistrement à l'autre, l'ambiance doit totalement changer.

Nous testons ces paramètres surtout par des écoutes comparatives sur des débuts de plage des disques ( de quelques secondes à quelques minutes selon les cas, en alternant le sens de l'écoute qui est très important. Ce type d'approche minimise l'intervention de la mémoire et constitue un test beaucoup plus sensible et fiable que l'écoute dans l'absolu.

Nous prenons aussi en compte un critère moins couramment utilisé car il réclame du temps: l'agrément doit résister au temps; une écoute prolongée ne doit induire ni fatigue, ni lassitude; les détails ne doivent pas devenir agressifs. L'émerveillement doit se renouveler chaque jour sans se tarir. Cela nous fait travailler presque tout le temps en musique. En revanche, Il est des critères dangereux à utiliser car susceptibles de nous induire en erreur. Parmi ceux-ci, il y a la clarté et le timbre. Une impression de clarté peut résulter de perte d'informations et de la simplification de l'objet sonore. Quant au timbre, c'est un résultat global qui implique tous les éléments mis en jeu entre l'instrument et l'oreille. C'est comme la couleur dans la chaîne de l'image. Pour la maîtriser, on utilise une métrologie stricte et des calibres rigoureux à tous les niveaux. Il n'existe rien d'équivalent en audio. Vanter le timbre d'un équipement audio n'a pas de sens. Dire qu'un équipement respecte ou non les timbres ne me semble pas sérieux, même au niveau de la prise de son. C'est, au mieux, faire référence à un environnement précis qui n'a pas valeur de référence, au pire, essayer de faire référence à un environnement moyen qui n'existe jamais.

Autre critère dangereux, la musicalité. Ce sentiment fait intervenir des critères très subjectifs, très personnels, très affectifs même. Il implique la culture et les choix esthétiques de celui qui écoute. J'ai constaté qu'assez souvent une dégradation objective conduisait certains au sentiment d'une meilleure musicalité; une très légère distorsion enjolive le signal. C'est la même chose pour la vision: un photographe est devenu célèbre pour ses photographies rendues plus "artistiques" grâce au flou provoqué par de la buée sur ses objectifs. J'ai lu que dans l'art japonais "une légère imperfection ajoute alors à la beauté une note mystérieuse, générant le "ygen", sentiment esthétique, suggestif et inexplicable". C'est une attitude légitime en création artistique, mais, dans le cadre de la reproduction, cela ne nous semble pas défendable. Nous ne voulons pas entrer dans ce jeu et trahir le message musical, pour des raisons techniques, esthétiques et morales. Enfin la chaleur que certains ressentent et vantent comme une qualité des tubes ne semble n'être que la traduction d'une distorsion important mais plaisante.

Premier résultat concret

Le premier fruit de cette démarche est un ampli-préampli intégré, le "Model IT" . Il utilise bien sûr des transistors et des composants "courants" mais choisis selon des critères bien particuliers. En outre, en dehors des alimentations et du circuit de temporisation d'allumage, il n'y a pas de condensateurs chimiques; il n'y a aucun condensateur sur le trajet du signal (ce n'est pas une recette, mais un choix technique rationnel). Ses circuits utilisent des contre-réactions ayant des taux très élevés. Pourtant les audiophiles lui reconnaissent, au plus haut degré, les avantages que leurs oreilles attribuent aux amplificateurs sans contre-réaction. Son alimentation a une taille raisonnable. Il peut délivrer un peu plus de 2 fois 50 W et, comme il ne présente pas de distorsion de mémoire même lors des saturations, il donne la même impression de puissance qu'un amplificateur de 200W. Sa distorsion mesurée de manière classique est au delà des possibilités des appareils de mesure courants et cela jusqu'à des niveaux très élevés. Comme la fonction de transfert est stable, cette mesure est significative.

Il n'est réellement pas sujet aux effets de mémoire de la distorsion thermique des transistors. J'écris réellement parce que cela est confirmé par la métrologie; j'ai lu que d'aucuns prétendent être parvenu au même résultats alors que leurs appareils présentent des défauts de transparence qui s'inscrivent en faux contre cette prétention. C'est, au mieux, le résultat d'une démarche empirique validée à l'oreille qui a abouti à des conclusions erronées.

Notre but était clairement de réaliser le meilleur amplificateur au monde et tout semble indiquer que nous avons probablement réussi. La critique avertie ne s'y est pas trompée et a reconnu le caractère exceptionnel de cet amplificateur. On a beaucoup apprécié sa transparence et sa fidélité, sa " facilité déconcertante qu'il a à démêler les écheveaux les plus ténus des compositions musicales complexes", la "vérité surprenante sur les inflexions des voix, avec toujours un caractère mélodieux"; "il dépasse sur de nombreux points, dans toute la région du bas-médium à l'aigu, fluidité, transparence, netteté des contours de notes ces références à lampes triodes", "Tout se passe comme si l'on avait ôté un voile de la face avant des enceintes", "ce Lavardin atteint des sommets de transparence rarement -ou même jamais- atteints".

Mais même si tous le situent le très haut, il dérange les habitudes et certains lui préfèrent encore des appareils ayant "une écoute plus expressive", regrettent "un léger manque de poésie dans le haut du spectre", tout en ayant l'honnêteté de reconnaître que "le Lavardin n'est pas de ces appareils qui enjolivent la réalité et la ouatent confortablement de sonorités moelleuses". Nous prenons ces avis en considération, mais nous pensons qu'ils sont liés au contexte ou qu'ils correspondent plus à des divergences d'ordre esthétique (pouvant être liés à des qualités objectives) qu'à des reproches techniques et nous sommes fiers d'offrir la meilleure qualité possible dans le sens nos choix esthétiques visant le plus grand respect possible du message musical et de l'émotion qu'il transmet.

Conclusion

Pour conclure, je peux dire que si les notions sur la distorsion qu'on m'avait apprises à l'école ont dues être heureusement révisées, les exigences de rationalité et de rigueur de ma formation m'ont permis de dépasser ceux qui ne connaissent pas ces valeurs. Mais l'aventure continue: les préférences des audiophiles pour le disque analogique m'ont déjà interpellé. J'ai déjà identifié un certains nombre de problèmes en audio numérique, liés à une application hâtive et non-rigoureuse du théorème de Shannon. Il y a, là encore, moyen de faire progresser la reproduction électroacoustique qui a pris le tournant irréversible du numérique. À suivre.....

Bibliographie

  • DIAPASON n 426. mai 1996
  • "Proof for the Golden Ears Hypothesis?", B. Duncan, Electrnics + Wireless World, pp 466/7 june 1992
  • "Transient Distortion in Transistorized Audio Power Amplifiers", IEEE trans. on audio and electroacoustics, sept. 1970, vol. AU-18, n3
  • "Comprendre le son des tubes", LED n 136, pp16/21 janv/fev 1996
  • " 'Just detectable' distortion levels, J. Moir, Wireless World, pp 32/4 &38 feb. 1981
  • "How Little Distortion Can We Hear?", M. Labenzi, Wireless World, pp 435/40 sept. 1957
  • "Ultra-Low-Noise Amplifiers and Granularity Distortion", D. Self, J. Audio Eng. Soc., vol 35, pp907/15 march 1977
  • Measurement of a Neglected Circuit Caracteristic", G. P., 100th Cconvention mai 1996 Copenhagen preprint 4282 (T-6)
  • "Chip, CRT, and assembly automation bribg a new era of portable scopes", C. Brannon, Electronics, feb. 10, 1983
  • "Measurement of Small Time Constants of the Thermal Impedance of Bipolar Transistors with an Audio-analyser", presented at the 98th convention AES, Paris feb. 1995

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