Lors d'une précédente rencontre, dans le cadre des séances de l'Afders, le chercheur, plus connu du milieu audiophile sous le pseudonyme de "Héphaistos", exposait dans une conférence à l'intitulé stimulant, le son des tubes, sa surprenante théorie visant à expliquer pourquoi, dans la bataille tubes-transistors, ces derniers, malgré tous leurs atouts de principe, ne permettaient pas d'obtenir le beau et moelleux son des lampes... Cette théorie fait appel à un effet de mémoire que les dispositifs à état solide tels que les transistors manifesteraient, en liaison avec leurs états électriques et thermiques antérieurs. La lutte contre cette "distorsion de mémoire" a été entreprise en mettant en oeuvre des éléments de circuits.
Cette nouvelle séance de l'Afders présentait la première application de ces nouveaux procédés, à savoir un ampli-préampli Model IT, fruit de la société Lavardin Technologies, nouvellement créée. Des écoutes ont suivi.
L'EXPLOITATION D'IDEES NOUVELLES
... Le point de départ des recherches a été la constatation d'une contradiction entre les mesures et les résultats des tests d'écoute. Les évidences sonores l'ont conduit à penser que c'était la mesure qui se trompait, et à en rechercher les raisons. Après une longue étude accompagnée de très nombreuses expérimentations, qui s'est déroulée sur une quinzaine d'années, il a été conduit à observer que les mesures visaient à définir la fonction de transfert des électroniques mises en examen, sans prendre la peine de vérifier si celles-ci étaient stable dans le temps.
L'EFFET MEMOIRE DES TRANSISTORS
Dès lors que cette fonction de transfert peut dépendre du signal qui traverse le circuit, par des constantes de temps électriques ou thermiques, il est possible de dire que cette fonction "se souvient" du signal qui vient de traverser le circuit. Ces phénomènes restant généralement limités, ils ne sont pas mis en évidence par les mesures traditionnelles qui, réalisées avec de signaux bien particuliers, stables et le plus souvent périodiques, ne savent pas révéler des phénomènes transitoires pouvant intervenir avec d'autres signaux beaucoup plus changeants, tels que ceux qui représentent la musique par exemple.
UNE MISE EN EVIDENCE DE DIFFERENCES
Cette hypothèse a été vérifiée en comparant le comportement d'un système d'amplification à transistors à deux étages, séparés par un atténuateur et un filtre commutable, qui coupe les fréquences inférieures à 16 hertz. Tant que l'on fait traverser à cet amplificateur des signaux purs de fréquences audibles il ne se produit pas de différences de comportement lors de l'insertion du filtre. Cela change avec un signal de test modulé en amplitude à très basse fréquence. Lorsque le signal est de forte amplitude, le premier étage produit, à cause de sa non-linéarité, des composantes d'intermodulation et "détecte" la très basse fréquence du signal modulé, comme le ferait une détection radio classique par diode. Sans le filtre, la très basse fréquence se trouve présente à l'entrée du second étage, avec le filtre elle est éliminée. La distorsion obtenue pour l'ensemble du circuit est décelable par les mesures habituelles lorsque la modulation est importante, et clairement mise en évidence à l'écoute, le son étant très déformé. Pour des modulations d'amplitude plus faible, la mesure n'est plus capable de révéler la moindre différence, alors que l'écoute reste nettement différente, la configuration sans filtrage présentant une distorsion caractéristique des électroniques à transistors, sur le signal de mesure comme sur des signaux musicaux. Ces résultats mettent en évidence les effets audibles de l'instabilité de la fonction de transfert de l'amplificateur, entrainée ici par la modulation du signal à très basse fréquence. Les transistors sont sensibles à cet effet du fait que la fonction de transfert base-émetteur est sensible à la température. Les tubes présentant des caractéristiques plus stables, ceci peut donc expliquer leur supériorité lors des écoutes...L'amplificateur Lavardin Technologies Model IT constitue la réalisation concrète issue de ces développements...
DE NOMBREUX PROJETS D'EXTENSION
Un premier réseau de douze points de vente a été constitué, et l'entreprise s'intéresse maintenant à de nouveaux marchés, notamment en Angleterre, ou les perspectives sont prometteuses, les écoutes effectuées ayant recueilli, tant auprès de la presse spécialisée que des revendeurs, un enthousiasme dépassant les meilleurs espoirs. Les Anglais sont des gens extremement chauvins (à juste titre en matière de hi-fi) aussi est-ce un plaisir qu'un appareil français soit ainsi accueilli. La gamme des produits Lavardin va s'étendre ensuite avec la gamme "Référence", dont le Model IT est le premier maillon, d'abord avec un amplificateur AP, complété par un préamplificateur Model PE. Ils seront disponibles pour le premier et le deuxième trimestre 1998. La différence entre la bande numérique provenant du studio et le résultat auditif du disque édité est souvent notable, et la aussi, les équipements mis en oeuvre (préamplis micro, consoles, graveurs chez les presseurs) doivent être repensés en réduisant drastiquement la distorsion de mémoire, par mise en oeuvre des enseignements de Lavardin Technologies. Viendront donc aussi des préamplificateurs micro pour les studios et les sociétés qui enregistrent des disques classiques, qui sont extrêmement demandeurs. Certains sont d'ores et déjà équipés d'amplificateurs Lavardin. Une deuxième gamme, quelque peu simplifiée, mais conservant la même technologie, est également présentée ici en statique, et sera prochainement commercialisée, il s'agit d'un intégré Model IS, d'un préampli Model PS et d'un amplificateur Model AS.
UNE CONSTRUCTION SOIGNEE
La réalisation pratique de l'intégré Model IT a fait l'objet des plus grands soins, en particulier dans le domaine mécanique, qu'il a fallu bien maitriser : il s'agit d'alliages d'aluminium usinés puis anodisés. Le poids total de l'appareil est de 12 Kg. Pour les circuits, les commutations ont été réalisées sans concessions : sélection d'entrées par relais étanches scellés, commutation intégrale masse et signal pour chaque canal... Les contacts sont en alliage or-argent.
Le puissance de sortie du Model IT est de près de 50 W. par canal sur 8 ohms. Il est à noter que, contrairement à des appareils connus, ou la stabilisation des caractéristiques exige une mise sous tension pendant quelques heures, et même parfois en permanence, l'intégré Model IT est opérationnel en moins d'un quart d'heure.
LES ECOUTES
L'attention est attirée sur l'importance de la qualité du lecteur de CD utilisé pour les écoutes car c'est finalement sa musicalité que l'on entend par suite de l'extrême "transparence" de l'intégré Model IT. Les écoutes ont eu lieu dans des conditions maintenant bien connues : lecteur Revox "Signature", cables de modulation Flatline, cable haut-parleur "PTT" réalisés selon les indications de P. Johannet, enceintes Afders, le tout placé dans la grande salle du conservatoire de musique du dixième arrondissement...
Sur le quatuor à cordes n¡13 de Dvorak par le Kocian Quartet, ce qui frappe immédiatement, c'est la neutralité et le naturel, la grande douceur de cette électronique, sa musicalité, la qualité des timbres, le tout obtenu avec une absence totale de trainage. Cette écoute n'est absolument pas fatigante. L'image est belle, le volume des instruments bien restitué. "Super clean" s'exclame un auditeur.
PIANO : sonate en Si de Liszt, par A. Brendel : sur ce disque, dont la restitution apparait neutre, avec une bonne différenciation des timbres, l'enceinte et la salle imposent leur équilibre dans le grave, conduisant à un léger manque de tendu au niveau des cordes. L'équilibre est confortable, proche de ce que l'on obtient avec des tubes (Bel Canto Orfeo). Belle réverbération, un peu plus présente que d'habitude.
UNE MISE EN EVIDENCE DE LA QUALITE DES PRISES DE SON
L'orgue (Toccata, adagio et fugue de J.S. Bach, par Ton Koopman) est restitué de manière douce et détaillée, avec une réverbération naturelle. Les différents plans sonores sont bien différenciés, il y a de la profondeur, du relief. On est bien dans l'église, il ne se produit aucune confusion des registres. La légère lourdeur dans le grave est essentiellement imputable à la salle. Elle est toutefois moins marquée que lors de l'écoute récente d'autres matériels.
"La résurrection" (Haendel Archiv 447 767-2), enregistré vraisemblablement
avec un positionnement très rapproché des microphones, conduit à un équilibre sensiblement différent, plus (et presque trop) détaillé dans l'aigu, mettant bien en évidence la capacité de cette électronique à différencier les prises de son. Bonne présence, avec une image bien holographique, voix naturelles.
Alborada del Gracioso de M. Ravel, par C. Dutoit : bonne dynamique, détaillé et musical, avec un médium-aigu très fin. Bien tendu sut toute la largeur du spectre. Quelques critiques sont toutefois adressées à la prise de son, manifestement réalisée en multi-micros. A cet égard, l'écoute d'un disque historique RCA (symphonie n¡3 de Beethoven, par R. Leibovitz, (Chesky CD 74A) réalisé en 1961 avec des moyens simplifiés, "arbre" Decca et quelques micros d'appoint, procure une belle image, large et définie, plus naturelle que beaucoup de prises de son récentes.
BRUITAGES - JAZZ ET VARIETES
Bruits de pluie, orage et trafic automobile (CD Staccato n¡2) : Ce test est passé de manière très satisfaisante : tonnerre bien détouré, bruits de voitures très réalistes, excellents effets de localisation.
Jazz (Peterson) : ce disque est reproduit de manière très vivante, quoiqu'avec une contrebasse un peu "grosse" dans les basses fréquences, mais ceci est normal compte-tenu des remarques précédentes et de la proximité des microphones. Les timbres sont cohérents. Jazz (Magical trio) : très jolie présence, aucune agressivité, belles cymbales et dynamique correcte.
Arthur H "Cool Jazz" : la voix est bien en place, les sifflantes fines et naturelles. Aucune dureté. Francis Cabrel "Sarbacane" : restitution libre et cependant controlée, écoute agréable, douce et détaillée, mais plusieurs auditeurs regrettent un équilibre un peu aseptisé, "style anglais".
DES ESSAIS COMPLEMENTAIRES
Afin de cerner l'apport du lecteur de CD utilisé (Revox Signature) quelques écoutes complémentaires furent effectuées à l'aide d'un lecteur CD Philips de début de gamme, modifié selon les principes développés par Lavardin Technologies. L'écoute est immédiatement plus informative, plus dynamique, avec de meilleures attaques et moins de voile. L'écoute de Alborada est plus dynamique et plus fluide, plus transparente, les détails captés par les microphones sont mieux mis en valeur. L'équilibre est différent "presque parfait" note un auditeur. Un autre conclut : "on se sent mieux". Le disque de Peterson présente une meilleure séparation des canaux, un excellent piano, et apparait bien "swinguant" et plus "tenu". La sonate de Liszt apporte davantage de présence qu'avec le lecteur Revox Signature qui apparait du fait comme un peu "bouché". La main gauche est moins lourde, l'ensemble est nettement plus satisfaisant. L'écoute du disque Chesky met en évidence une excellente capacité de différenciation des instruments. L'ensemble est naturel et aéré, ambiance et timbres, notamment les cors sont superbes. La résurrection de Haendel est restituée avec plus de dynamique au niveau des détails, les voix sont superbes, "excellent, il y a de l'air qui circule" note un auditeur.
CONCLUSION
Il apparait donc que cette électronique fait preuve d'une transparence qui permet une bonne différenciation des prises de son et des qualités des sources, tout en restant très musicale dans tous les cas. Ainsi, à l'issue de la présentation à l'Afders des premières réalisations concrètes de Lavardin Technologies, mettant en application les découvertes faites à propos de la distorsion de mémoire, on ne peut s'empecher de rapprocher cette approche méthodique à celle de P. Johannet, qui nous a présenté récemment ses travaux sur le rôle des cables... Dans un cas comme dans l'autre, les deux chercheurs ont remplacé les incantations ésotériques habituelles par des analyses techniques approfondies ; d'une certaine manière, ils substituent à l'ère mystique, une ère rationnelle.